Le COSMOS s'en mêle #6 Comment créer les conditions nécessaires à la rentrée parasportive ?

Dans cette rubrique, nous décryptons les tendances sociales et sociétales qui transforment durablement le secteur sportif et ses organisations, afin de donner des clés de compréhension aux acteurs et aux structures.

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COSMOS s'en mêle #6

Alors que la France est devenue championne d'Europe de cécifoot masculin en août 2026 à Strasbourg et a accueilli les Jeux Paralympiques en 2024, la rentrée sportive s'organise et doit être accessible à tous les pratiquants, et notamment à ceux en situation de handicap !

Une réelle demande de pratique parasportive

Le terme "pratique parasportive" désigne l'ensemble des pratiques sportives exercées par des personnes en situation de handicap (quel que soit le handicap, la discipline sportive concernée, ...). Le "parasport" désigne parfois de manière plus restreinte la pratique sportive de personnes en situation de handicap physique ou sensoriel (principalement encadrée par la FF Handisport), tandis que le "parasport adapté" désigne souvent la pratique sportive de personnes en situation de handicap mental ou psychique (principalement encadrée par la FF Sport Adapté).

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 16 millions de personnes environ étaient en situation de handicap en France métropolitaine en 2024, parmi lesquelles 14,5 millions ont plus de 15 ans.
Cela signifie qu'environ 28% des personnes ayant entre 15 et 64 ans ont au moins une « limitation fonctionnelle sévère » : cette limitation peut être motrice (exemple : difficultés à monter un escalier ou se déplacer – 12% des personnes), sensorielle (exemple : problèmes de vue malgré une correction – 7%), cognitive (exemple : difficultés de mémoire ou de concentration – 10%) ou relationnelle (exemple : difficultés à se faire comprendre des autres – 9%).

Il est aujourd'hui difficile de chiffrer la part de ces personnes pratiquant une activité sportive ou étant licenciées dans une structure sportive, mais il est tout à fait certain que les personnes en situation de handicap sont également des pratiquants d'activités sportives. L'enjeu est aujourd'hui de garantir un égal accès à la pratique sportive. En effet, être en situation de handicap reste malgré tout un facteur d'éloignement de la pratique sportive. Selon l'Enquête nationale sur les pratiques physiques et sportives (ENPPS), réalisée par l'INJEP,

15% aucune pratique sportive

Ce chiffre est 3 fois plus élevé que la moyenne des personnes du même âge dans l'ensemble de la population.

Si toute pratique sportive est influencée par des facteurs individuels (âge, genre, résidence, niveau de vie, catégorie sociale, niveau de diplôme et environnement familial sportif), le handicap fait partie des facteurs d'influence négative : la comparaison entre des personnes ayant des caractéristiques sociodémographiques et familiales équivalentes permet d'estimer qu'être en situation de handicap réduit de 11 points de pourcentage la probabilité d’avoir effectué au moins une séance sportive dans l'année et de 16 points la probabilité d’avoir eu une pratique régulière (une fois par semaine) par rapport à une personne qui aurait les mêmes caractéristiques, mais qui ne serait pas en situation de handicap.

-16 points pratique sportive

Il est néanmoins important de ne pas réduire l'analyse de la pratique parasportive à des enjeux de freins ou à des questions de santé. Selon l'ENPPS (dont les résultats ont été analysés dans la note « La pratique sportive des personnes en situation de handicap - État de la connaissance statistique » en 2024), les raisons de pratique déclarées par les sportifs, en situation de handicap ou non, peuvent se ressembler :

  • 73% des sportifs réguliers en situation de handicap identifient la santé comme une raison importante de pratiquer et 68% évoquent le fait de se sentir bien et d'évacuer le stress. Ces proportions sont équivalentes aux envies exprimées par l'ensemble des pratiquants réguliers interrogés (respectivement 72% et 71%).
  • 53% des sportifs réguliers en situation de handicap valorisent le contact avec la nature, contre 52% de l'ensemble des pratiquants réguliers.
  • 6,5% des pratiquants réguliers évoquent le risque comme une raison de pratique, contre 6,4% des pratiquants en situation de handicap.
  • La recherche de sociabilité est évoquée par 38,8% de l'ensemble des pratiquants sportifs, contre 36,8% des pratiquants en situation de handicap.

La compétition, la volonté d'amélioration de performances personnelles ou de l'apparence physique sont plus souvent évoquées comme des raisons de pratique dans l'ensemble de la population (respectivement 12,5%, 38,8% et 48,1%) mais ne sont pas absentes des raisons de pratique des pratiquants en situation de handicap. A l'inverse, 32,8% des pratiquants en situation de handicap tiennent à avoir une activité sportive, sans autre raison spécifique.

raisons de pratique parasport

In fine, la hiérarchie des raisons de pratique considérées comme importantes est la même, et rendre accessible la pratique parasportive signifie être en capacité de répondre à ces demandes de pratique.

Une offre de pratique parasportive incomplète

Les pratiquants en situation de handicap sont déjà présents dans les clubs : selon les chiffres de l'ENPPS, 47 % des pratiquants réguliers en situation de handicap pratiquent avec un encadrant et 28% ont une licence, soit une proportion similaire à celle des sportifs réguliers du même âge. Les pratiquants réguliers en situation de handicap participent également à des compétitions (19%) et peuvent être adhérents d'une association / d'un club sportif (34%) ou bien d'une structure privée (15%). Ces proportions sont proches de la population sportive dans son ensemble.

La principale difficulté concerne la capacité des clubs sportifs à accueillir de nouveaux pratiquants en situation de handicap, au-delà du cercle de pratiquants réguliers :

12% licences sportives

La pratique en compétition est également moins importante pour la population en situation de handicap (9%) que pour l'ensemble de la population (19%).

Cela s'explique notamment par différents freins à la pratique constatés :

freins à la pratique parasportive

Outre les problèmes de santé qui peuvent limiter la pratique d'une personne en situation de handicap, les conditions d'accueil de la pratique sont également importantes. Par exemple, d'après le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF) :

encart 4

Il ne s'agit pas seulement de trouver un club proposant une activité parasportive : la mise en place d'une offre cohérente et accessible par les clubs doit s'accompagner de solutions garantissant l'accessibilité de la pratique sportive dans sa totalité, d'un point de vue géographique (solutions de mobilité pour se rendre sur le lieu de pratique), économique (coût de la licence et du matériel sportif adapté), sportif (niveaux de pratique et disciplines correspondant au pratiquant ou à la pratiquante), etc.

Quelques leviers de développement de la pratique parasportive

Les disciplines parasportives se développent, à travers les fédérations spécifiques (Fédération Française du Sport Adapté et Fédération Française Handisport, spécialisées dans le développement des activités physiques à destination des personnes en situation de handicap) ou les fédérations sportives ayant délégation d'une ou plusieurs discipline(s) parasportive(s).

Toutefois, les conditions à réunir pour permettre la pratique parasportive sont nombreuses, et demandent parfois une certaine adaptation de la part des clubs, notamment lorsque ceux-ci ne proposent pas historiquement de parasport. Les clubs doivent disposer du matériel adapté et être en capacité de proposer un encadrement connaisseur des pratiques parasportives.

En 2024, le baromètre COSMOS x Aésio mutuelle des employeurs du Sport a permis d'estimer que :

47% accueil PSH

Pour cela, 32% d'entre elles avaient recruté ou formé un encadrant diplômé et 17% prévoyaient de le faire (soit près de la moitié des structures concernées). Le recours à la formation fait partie des leviers actionnés par les clubs pour garantir leur capacité à accueillir des pratiquants en situation de handicap, mais la formation seule des éducateurs n'est parfois pas suffisante : les clubs doivent également disposer du matériel adapté, de créneaux de pratique accessibles, ...

A ce titre, le CPSF déploie depuis 2022 le programme Club inclusif. Ce programme a permis d'accompagner 2500 clubs en 2025 avec des actions de formation, de sensibilisation, voire d'accompagnement pour aider les clubs à réaliser leurs projets d'accueil de personnes en situation de handicap. Chaque projet est pensé en lien avec les collectivités, les associations et les pratiquants du territoire, sans coût financier direct pour le club, sous réserve de la mobilisation de 2 à 4 personnes (salariées et / ou bénévoles) : une telle mobilisation est nécessaire pour garantir la pertinence et la pérennité des actions mises en place.

programme Club inclusif

D'autres structures, comme l'association socio-sportive DAHLIR, travaillent à lever les freins périphériques à la pratique sportive : à travers le dispositif DAHLIR Handicap, les personnes souhaitant pratiquer sont accompagnées pour trouver l’activité et la structure correspondant à leur projet, dans une démarche individualisée et gratuite.

Pour découvrir les documents sources de ce travail et aller plus loin :

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