Le COSMOS s'en mêle #4 - Pourquoi est-il important de travailler à la féminisation des métiers et de la gouvernance du Sport ?
Dans cette rubrique, nous décryptons les tendances sociales et sociétales qui transforment durablement le secteur sportif et ses organisations, afin de donner des clés de compréhension aux acteurs et aux structures.
En complément du baromètre féminisation publié par le COSMOS à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous vous présentons aujourd’hui des éléments d’analyse complémentaires au sujet de la féminisation des emplois de la branche, afin de comprendre pourquoi la féminisation est un enjeu crucial pour le développement du secteur, en s'intéressant spécifiquement aux métiers de l'encadrement sportif et aux fonctions de gouvernance.
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La féminisation du secteur sportif dans son entier (gouvernance, pratique, encadrement ou encore arbitrage) est un enjeu crucial aujourd’hui, en raison tout d’abord de la responsabilité sociétale du sport qui se doit de contribuer à la construction de l'égalité femmes - hommes. Toutefois, l’augmentation de la part de femmes dans la branche du Sport aurait des conséquences directes et indirectes sur l'ensemble du secteur qui encouragent, à plus forte raison, la mixité de l’encadrement sportif et de la gouvernance.
Féminiser les métiers de l’encadrement sportif...
Les métiers de l’encadrement de l’activité physique et sportive sont les principaux métiers de la branche : 60% des salariés exercent ces métiers et 33% d'entre eux sont des femmes.
Cette proportion est similaire à la proportion de femmes dans l'ensemble des effectifs salariés de la branche (34% en 2024), mais souligne bien l'absence de parité dans les effectifs, selon les chiffres du rapport Emploi - Formation de la branche du Sport.
Augmenter la part de femmes dans ces métiers est une démarche complexe, mais qui pourrait faciliter le recrutement et la rétention de pratiquantes, et répondre aux besoins en emplois des structures.
... pour faciliter le recrutement et la rétention des pratiquantes.
La pratique sportive féminine augmente : selon le Baromètre national des pratiques sportives de l’INJEP, 61% des femmes pratiquaient une activité sportive régulière en 2025, soit 1 point de moins seulement que les hommes, ce qui confirme une tendance engagée depuis plusieurs années. Toutefois, les femmes restent minoritaires parmi les pratiquants licenciés : en 2022, elles représentaient 38% des licenciés de fédérations en France, selon l’INJEP.
Il est donc parfois complexe pour les fédérations de recruter et de conserver des pratiquantes : 49% des licenciées abandonnent le sport avant leurs 15 ans et cet abandon est contraint pour 45,2% d'entre elles, selon l’étude « Adolescentes & Sport : le grand décrochage » (MGEN, Kantar). Ce taux d'abandon est 6 fois plus élevé pour les jeunes femmes que pour les jeunes hommes. Différents freins sont identifiés dans cette étude, le principal étant l'absence d'encadrantes :
D’autres facteurs (organisationnels, corporels, …) entrent en jeu mais la présence d’encadrantes est un élément rassurant pour les pratiquantes. S’il est réducteur de penser que les femmes préfèrent être entraînées par des femmes et que les hommes préfèrent être entraînés par des hommes, l’identification et la compréhension mutuelles sont des facteurs de facilitation des échanges et d’accompagnement interpersonnel entre pratiquantes et encadrantes, notamment dans un contexte dans lequel les éducateurs sportifs ne sont que peu ou pas formés aux spécificités physiologiques féminines.
La présence d’encadrantes constitue également un levier d’identification pour les pratiquantes : rendre visibles les entraineures permet de rendre visibles leurs performances sportives et la possibilité pour une femme d’exister à long terme dans l’espace sportif. La présence de femmes dans des disciplines aujourd’hui encore identifiées comme « masculines » (selon les stéréotypes de genre* actuels), au plus haut niveau (comme c’est le cas aujourd’hui avec des sportives reconnues en cyclisme, judo, rugby, football, ski, …) ou au bord des terrains, est un levier permettant la promotion de ces disciplines auprès du public féminin et le recrutement de nouvelles pratiquantes.
*Les stéréotypes de genre sont définis comme des préjugés ou opinions généralisées définissant certains attributs ou qualités qui caractériseraient les femmes ou les hommes, et leurs rôles dans la société, comme évoqué par le Haut-Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes (HCE) :
Les adultes et l’écosystème social transmettent souvent, consciemment ou non, des stéréotypes assignant aux garçons des sports « physiques » ou « stratégiques » comme le football et le rugby, tandis que les filles sont orientées vers des activités jugées plus esthétiques comme la danse ou la gymnastique. Les garçons sont poussés à développer force, endurance et esprit de compétition, tandis que les filles cultivent grâce et souplesse. Cette différenciation impacte […] leurs compétences et leurs perceptions : les filles prennent davantage conscience du regard des autres, tandis que les garçons renforcent leur confiance en eux. […] Les garçons bénéficient d’un accompagnement mieux structuré vers la performance, alors que l’offre pour les filles reste insuffisante. Ces stéréotypes perpétuent les discriminations et entretiennent les inégalités dans un cercle vicieux qui s’étend bien au-delà du seul domaine sportif.
Rapport « Femmes et sport : Bâtir des carrières, conquérir l'égalité »
Les stéréotypes de genre s'appliquent aux choix de disciplines sportives, mais également aux comportements, aux qualités ou encore aux métiers, et peuvent affecter l'orientation et les trajectoires professionnelles.
... pour lutter contre les difficultés de recrutement.
La branche du Sport est confrontée de manière récurrente à des difficultés de recrutement. En 2025, 50% des employeurs du sport anticipaient des recrutements difficiles, notamment en raison d’une pénurie de candidatures (selon l'étude annuelle Besoins en métiers et compétences réalisée par l'Afdas). Or, les femmes représentent aujourd’hui 56% des étudiants dans l’enseignement supérieur en France : il existe ainsi un important vivier de potentielles éducatrices, qui ne s’orientent pas vers ces métiers et n’envisagent pas de parcours professionnels dans la branche.
Cet état de fait est avéré au plus haut niveau :
Ce chiffre ne signifie pas que les femmes ne sont pas en capacité d'encadrer au plus haut niveau, mais résulte du manque d’opportunités ou de modèles les invitant à s’engager dans cette voie. Elles sont ainsi très peu à entrer en formation dans ces cursus, dans lesquels elles sont historiquement rares et restent minoritaires : il y avait 29% de femmes parmi les étudiants en BPJEPS en 2023 et 34%dans les certifications de branche (notamment les certificats de qualification professionnelle) en 2024. Ce constat peut également être réalisé au bord des terrains : comme évoqué, 33% des éducateurs de la branche du Sport sont des femmes.
L'absence de femmes dans les formations sportives s’explique notamment par l’absence de modèles : les jeunes femmes ne voient pas d'autres femmes exercer ces métiers, ce qui les empêche d'envisager ces cursus et façonne inévitablement les voies qu’elles imaginent emprunter, ou non. Une nouvelle fois, la présence d’éducatrices au bord des terrains rend visibles leurs parcours professionnels et la possibilité de construire des carrières féminines dans les structures sportives, ce qui peut faciliter l'orientation de lycéennes et d’étudiantes vers les métiers du sport. A ce titre, la démarche engagée par la FIFA d'imposer la présence d'une femme au moins dans l'encadrement technique des équipes participant aux compétitions de football féminin est une démarche intéressante qui contribue à visibiliser des professionnelles de terrain.
De plus, l’orientation professionnelle n’est pas neutre, mais reste marquée par les représentations stéréotypées des femmes et des hommes dans la société : les femmes représentent ainsi 84% des effectifs dans les formations paramédicales, mais seulement 30% des effectifs dans les formations d’ingénieurs, selon l’Observatoire des inégalités. Le sport étant historiquement considéré comme une activité masculine, l’orientation des femmes vers ces métiers est moins fréquente, alors qu’il y a d’importants manques sur le terrain. Augmenter le nombre de femmes dans les formations sportives permettrait d’augmenter le nombre de candidats potentiels aux postes d’éducateurs sportifs : le rapport du HCE évoque par exemple les difficultés de recrutement de candidates constatées au sein de la filière STAPS, en raison de stéréotypes négatifs qui freinent l’orientation des lycéennes, car celles-ci ne se sentent pas légitimes à intégrer une formation scientifique ou sportive.
Outre un enjeu d’égalité dans l’accès aux métiers de l’encadrement sportif, se rapprocher de la parité dans les effectifs des éducateurs sportifs dans la branche impacterait inévitablement la pratique sportive (avec un recrutement facilité de pratiquantes), ainsi que l'accès des femmes aux formations sportives et aux opportunités de recrutement, répondant ainsi à des besoins en emploi.
Féminiser les fonctions de gouvernance...
La féminisation des fonctions de gouvernance est un autre enjeu crucial de la branche. Les fonctions de gouvernance peuvent être exercées à titre bénévole ou salarié dans les structures sportives et, en 2023, 39% des salariés exerçant un métier relatif à la gestion ou à la direction d'une structure sportive étaient des femmes et 47% des salariés exerçant un métier relatif au développement des activités d'une structure étaient des femmes.
Malgré cela, les femmes restent minoritaires aux postes de direction ou de gouvernance. Les femmes sont en effet sous-représentées au sein des groupes de classification 6 et 7 de la CCNS, qui correspondent aux emplois cadres de la branche : il y a 26% de femmes au sein du groupe 6 et 17% de femmes au sein du groupe 7, selon le Rapport Emploi - Formation 2025 de la branche du Sport.
A une maille plus fine, l’accès des femmes aux postes de direction est différencié :
- en fonction de la typologie de structure : 35% des dirigeants d’associations dans la branche sont des femmes mais elles ne représentent que 20% des dirigeants de sociétés commerciales privées dans la branche.
- en fonction de la taille de structure : 35% des dirigeants de structures de moins de 10 salariés sont des femmes, mais cette proportion n’est que de 10% pour les structures de plus de 50 salariés.
A titre d'illustration :
Les élections de 2024 ont tout de même permis une croissance forte du nombre de femmes aux postes de secrétaire générale (41,1%) et de trésorière générale (35,2%), selon le CNOSF.
Pourtant, tendre vers la parité dans les fonctions de gouvernance permettrait une amélioration du pilotage des structures et un renforcement des fonctions de développement et de direction, tout en accompagnant la transformation des structures sportives.
... pour améliorer la prise de décision et le pilotage des organisations.
La diversité des personnes présentes au sein d’une équipe de direction, et notamment la diversité de genre, favorise la prise en compte d’une pluralité de points de vue dans les décisions. Les femmes ont des vécus et des ressentis différents, dans la société et dans le monde du travail, et peuvent ainsi enrichir et améliorer les réflexions menées dans les instances de gouvernance. Cette pluralité de points de vue renforce la créativité et l’innovation au sein d'une structure.
La présence de femmes au sein de la direction d’entreprises est également souvent facteur de performance. Les études réalisées dans le secteur commercial indiquent que les entreprises réunissant de manière paritaire des hommes et des femmes dans leurs équipes de direction surpassent leurs concurrents en termes de performance financière :
Ces données, identifiées par la SporTech dans le Guide « Féminiser les métiers du Sport », permettent de penser que renforcer la présence de femmes au sein de la gouvernance des structures de la branche serait un facteur de performance et de durabilité. Ainsi, une structure dont les postes de direction sont occupés par des hommes et des femmes a 39% de chances en plus d’être rentable qu’une entreprise dont les postes de direction sont moins diversifiés.
... pour garantir le recrutement de profils de développement.
La présence de femmes à des postes de direction favorise également le maintien dans la branche de salariées actuellement en poste : savoir qu’il est possible pour des salariées d’accéder à tous les postes et niveaux de responsabilité les incitera à envisager leur évolution professionnelle dans la structure, et donc dans le secteur.
Ces éléments concernent principalement les métiers du développement :
Les métiers du développement font exception dans la branche, car il s'agit de la famille de métiers la plus féminisée. Simultanément, ces métiers gagnent en importance dans les structures sportives car celles-ci sont en pleine mutation et doivent déployer de nouvelles stratégies de développement et de structuration.
Les difficultés identifiées concernant l'orientation professionnelle des futures éducatrices sportives sont moins prégnantes car ces métiers (qui concernent la communication, le marketing, l'évènementiel, la gestion de partenariats, ...) ne sont pas historiquement identifiés comme des métiers « masculins ». Il existe donc un vivier important de futures professionnelles engagées sur ces missions, à propos desquelles les besoins en recrutement risquent d'être importants dans les prochaines années : il convient donc de faire exister le secteur sportif comme un espace professionnel accessible aux professionnelles afin de s'assurer de répondre aux futurs besoins en emploi.
La parité dans les fonctions de gouvernance progresse, mais il serait nécessaire de l'accélérer afin d'améliorer la gestion des structures et garantir la rétention des compétences de développement dans la branche du Sport.
Des constats et difficultés partagées dans l'ensemble de la branche
L'ensemble des constats présentés ici coïncident avec les résultats du baromètre féminisation 2026 du COSMOS.
68% des répondants indiquent souhaiter mettre en œuvre des actions en faveur de la féminisation mais se heurtent toujours à des difficultés : ainsi, 37%des répondants indiquent faire face à des stéréotypes et des représentations sociétales qui font du secteur sportif dans son ensemble, et de certains sports en particulier, des espaces réputés « masculins ».
Ces stéréotypes sont présents à l’extérieur du système sportif (positionnement des familles des pratiquantes « pour » ou « contre » certaines disciplines, perception sociale de certaines disciplines, …) comme à l’intérieur (faible considération des dirigeantes et professionnelles en poste, difficile transformation des modes de fonctionnement, …). De tels stéréotypes n'impactent pas seulement le choix des disciplines sportives par les licenciés, mais également l’orientation professionnelle ou les opportunités de carrière des salariés, limitant l'accès des femmes au secteur sportif, à tous les échelons.
Les structures se mobilisent malgré tout et travaillent déjà à la féminisation de la branche sur tous les sujets :
La féminisation des emplois est une question particulièrement complexe à adresser pour les structures, en raison du travail à réaliser au sein des formations et du poids persistant des difficultés d'orientation professionnelle, et le COSMOS souhaite donc s'engager à ce sujet, en complémentarité des autres actions menées sur le sujet de la féminisation !
Pour découvrir les documents sources de ce travail et aller plus loin :
- Pour découvrir les remontées de terrain et les difficultés identifiées par les structures sportives, relire le baromètre féminisation du COSMOS.
- Pour mesurer les avancées de l'égalité professionnelle dans la branche, parcourir le Rapport Emploi / Formation de la branche du Sport.
- Pour découvrir comment agir au sein de sa structure, lire le « Guide pour promouvoir l’égalité dans les associations sportives » réalisé par Alice Milliat Foundation pour le ministère des Sports
- Pour comprendre les progrès de la féminisation des métiers de la branche, lire le rapport « Femmes et sport : bâtir des carrières, conquérir l'égalité » du Haut-Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes,
- Pour identifier les leviers d'action pour améliorer la mixité dans le secteur sportif, lire Le Livre Blanc « Féminiser les métiers du Sport - Le guide » de la SporTech.