Le COSMOS s'en mêle #7 - Numérique et sport : comment passer de l'expérimentation à une utilisation maîtrisée ?
Dans cette rubrique, nous décryptons les tendances sociales et sociétales qui transforment durablement le secteur sportif et ses organisations, afin de donner des clés de compréhension aux acteurs et aux structures.
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Le développement d'outils numériques et d'intelligence artificielle bouleverse le quotidien de toutes les structures professionnelles, et impacte inévitablement l'écosystème sportif. Cette transition numérique s'étend aujourd'hui au sein des structures sportives, mais nécessite des adaptations en raison de la maturité numérique plus faible du secteur, ainsi que des risques et des impacts liés à l'usage de tels outils.
Des usages numériques qui progressent mais restent à structurer
Publié le 8 octobre 2026, l'Observatoire du numérique dans le sport du COSMOS s’appuie sur une enquête en ligne menée auprès des employeurs du sport entre mai et juin 2026. Cette démarche inédite a permis de recueillir les retours de terrain des employeurs du Sport : cet Observatoire propose un premier état des lieux de leurs usages du numérique et de l’intelligence artificielle, ainsi que des freins rencontrés. Le renouvellement de cette enquête permettra d’en suivre les évolutions.
Le numérique, tout d'abord, a un impact plutôt positif pour les structures, notamment concernant l'organisation interne (82% des répondants), la relation aux adhérents ou aux fans (58% des répondants), la qualité de service (32%), la gestion des revenus de billetterie / boutique / sponsoring (30%) et la performance sportive (19%). Parmi les priorités exprimées, 57% des répondants souhaitent automatiser des tâches répétitives et 45% souhaitent simplifier leurs processus internes.
Concernant l'IA, 62% des structures répondantes ont indiqué utiliser des outils, ponctuellement ou régulièrement :
L'IA est donc intégrée aux pratiques des structures, mais cette intégration est progressive et concerne principalement des tâches périphériques aux cœurs de métiers de la branche, concentrés sur la pratique sportive :
En complément de ces constats d'usage :
Cela signifie que 54% des répondants ont un usage limité d'outils numériques, dans une démarche peu structurée.
Une certaine transformation numérique est donc engagée, mais elle reste freinée dans les structures par le manque de temps (57%), le manque de budget (55%) et le manque de compétences (51%). Le budget dédié par les structures à la transition numérique était faible en 2026, et aucune hausse n'est prévue pour 2027.
Des impacts difficiles à prévoir sur les métiers du sport
Ces premiers résultats éclairent les usages actuels et invitent à s’interroger sur la manière dont ces outils peuvent faire évoluer les tâches et les compétences dans les métiers du sport.
Depuis 2022, les transformations sont nombreuses et rapides dans toutes les branches : les transformations liées à l’IA générative suscitent des interrogations sur l’emploi et produisent des effets sur le marché du travail. Une analyse publiée par la Banque de France (« IA générative : les premiers changements du marché du travail sur les jeunes ») relève notamment un recul plus marqué des embauches en CDI des jeunes dans les métiers les plus exposés à ces outils. Ces observations invitent à distinguer les effets selon les métiers et les tâches concernés. Selon l'Organisation Internationale du Travail (OIT), 25 % des emplois mondiaux relèvent de professions potentiellement exposées à l'IA : les métiers les plus exposés sont notamment les métiers de bureau, et cette exposition pourrait se traduire par une transformation plutôt que par un remplacement des emplois (en fonction des possibilités d'automatisation des tâches, mais aussi des infrastructures et des démarches de transition numériques engagées). L'OIT souligne tout de même la nécessité d'agir pour améliorer la productivité et préserver la qualité des emplois, en particulier dans les secteurs les plus exposés.
Selon une Note du laboratoire de l’innovation et du futur du travail de la Banque de France au sujet des impacts de l'IA générative :
Comme évoqué par le rapport Emploi - Formation 2025 de la branche du Sport, 60% des salariés de la branche exercent le métier d'éducateur sportif : l'encadrement sportif est aujourd'hui le cœur des activités de la branche, et ces métiers nécessitent encore une présence physique et des interactions humaines.
Ceci explique que les impacts de l'IA sur les métiers de la branche du Sport ne soient aujourd'hui pas aussi rapides ni aussi étendus que dans d'autres secteurs économiques. Les outils numériques et / ou d'IA semblent plutôt impacter des tâches périphériques aux principaux métiers de la branche, comme évoqué par l'Observatoire du numérique du COSMOS. Les tâches pour lesquelles l'IA est particulièrement mobilisée sont donc des tâches très opérationnelles, permettant d'obtenir un résultat direct, qui représentent souvent des tâches secondaires pour les travailleurs du secteur.
La rapidité d’évolution de ces outils rend toutefois leurs effets futurs sur l’emploi et l’organisation du travail difficiles à anticiper. Pour faire face à ces évolutions et consolider les structures et leurs emplois, accompagner la montée en compétences des professionnels numérique ne doit pas empêcher de remettre au cœur de la pratique sportive le lien humain. Ainsi, valoriser l'impact des structures comme des espaces de rencontre et de cohésion semble indispensable.
L'étude prospective Horizon 2035 réalisée par l'Afdas au sujet des impacts des évolutions socioculturelles sur les branches indique que la branche sera également impactée par une montée en puissance des outils numériques (ex : coaching digital, suivis de performance, communautés en ligne, gamification), entraînant une demande de pratique plus flexible et autonome (comme l'avait déjà démontré la Cartographie prospective des métiers du Sport). Face à ces évolutions, il sera nécessaire d'accompagner la montée en compétences numériques des structures et des professionnels, sans perdre la dimension humaine de la pratique sportive.
La SporTech, dans le cadre d'un travail réalisé pour le ministère des Sports, a également identifié diverses utilisations potentielles de l'IA dans l'écosystème sportif. Ces utilisations concernent l'organisation de futurs GESI (solutions de logistique, de définition des prix, d'accompagnement individuel des spectateurs, ...), le développement de solutions de pratique pour tous (optimisation & réservation des équipements sportifs, applications communautaires, ...) et la mise en place d'outils de fan experience (coordination de groupes, suivi de l'engagement en ligne, ...).
La prise en main des outils par les structures et les professionnels : des impacts et des risques à connaitre
La diversification des usages pose aussi la question des conditions de leur mise en œuvre. Au-delà du choix des outils, leur intégration suppose des repères partagés au sein des structures.
Malgré un usage en croissance :
Seuls 11% des répondants ont défini les outils pouvant être utilisés ou non au sein de leurs structures et seuls 4% ont été formés aux risques de l'IA (biais, hallucinations, droits, ...).
Ces chiffres témoignent d'une prise en main dispersée des outils au sein des structures, sans démarche organisée ni vigilance particulière, alors que les répondants identifient des risques importants relatifs à :
Face à ces risques, la CNIL partage déjà des recommandations pour les structures déployant de tels outils : répondre à un besoin concret et identifié, encadrer les usages (avec des chartes d'utilisation notamment), partager et faire connaitre les limites des systèmes employés, choisir un système robuste et sécurisé (avec par exemple des systèmes locaux et sécurisés et spécialisés), former et sensibiliser les utilisateurs et mettre en œuvre une gouvernance adaptée. Ces recommandations garantissent la mise en œuvre d'une démarche cohérente et d'une intégration pertinente des outils numériques dans le fonctionnement d'une entreprise.
Les risques relatifs à la gestion des données ou à une utilisation maladroite de l'IA existent et se cumulent aux autres impacts du numérique et de l'IA, et notamment les impacts écologiques. Ceux-ci sont moins connus mais les outils numériques et IA pèsent fortement sur le réchauffement climatique (en raison notamment du fonctionnement de data-centers, supports des outils numériques, très consommateurs en énergie et en eau). Dans le contexte de réchauffement climatique et de raréfaction des ressources, l'usage de l'IA doit donc être encadré, individuellement et collectivement, pour rester pertinent.
La transition numérique du sport se construit donc dans les usages quotidiens. L’accompagner suppose de tenir compte des moyens des structures, de former les professionnels et de poser des repères communs, au service de la pratique et du lien humain.
Pour découvrir les documents sources de ce travail et aller plus loin :
- Pour comprendre l'intégration du numérique et de l'IA dans les pratiques des structures sportives, lire les résultats de l'Observatoire du numérique 2026 du COSMOS.
- Pour connaitre les évolutions socio-culturelles impactant le secteur sportif dans les prochaines années, lire l'enquête prospective Horizon 2035 publiée par l'Afdas.
- Pour découvrir le diagnostic de la SporTech concernant les besoins actuels du secteur auxquels l'IA pourrait répondre, découvrir la restitution des groupes de travail organisés par l'association dans le cadre de la réalisation d'un rapport pour le ministère des Sports.
- Pour comprendre la place du numérique dans un projet associatif et interroger les conditions de réussite d'une transition numérique, lire l'étude de Solidatech sur La place du numérique dans le projet associatif en 2025.
- Pour déployer de manière responsable l'usage de l'IA dans sa structure, regarder les recommandations et les travaux de la CNIL.
- Pour comprendre les impacts de la pollution numérique, s'intéresser aux recommandations de l'UNESCO sur les sujets de l'IA éthique et utiliser une IA éthique (ex : Euria, Apertus IA, ...).