Le COSMOS s'en mêle #3 - Comment agir à toutes les échelles ?
Dans cette rubrique, nous décryptons les grandes tendances sociales et sociétales qui transforment durablement le secteur sport et ses organisations, afin de donner des clés de compréhension aux acteurs du sport.
Pour cette troisième édition, nous vous proposons une réflexion sur les possibilités d'action dans le monde du sport face au changement climatique.
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Comme évoqué dans Le COSMOS s’en mêle #1, les impacts du changement climatique sur la pratique sportive et sur l’écosystème sportif sont aujourd’hui très bien documentés. L’écosystème sportif connait ainsi les principaux enjeux et les risques existants (vagues de chaleur, évènements extrêmes, …) et de nombreuses initiatives existent pour accompagner la transition et l’adaptation des structures sportives à ces enjeux. De plus, la mise en action spontanée d’un grand nombre de structures sportives démontre que le sujet est abordé et considéré dans tout l’écosystème.
La multiplication de ces initiatives est un signal positif, mais l'ampleur de la problématique écologique nécessite une action concertée : le COSMOS vous propose donc un travail de synthèse des actions et des échelles de mobilisation possibles !
La mobilisation des structures sportives au plus près du terrain
Les structures de la branche du Sport doivent d'ores et déjà intégrer les risques et les impacts directs ou indirects du changement climatique dans leurs activités.
Elles sont ainsi de plus en plus nombreuses à prendre conscience de leur vulnérabilité face aux risques climatiques : selon le rapport final de La Grande Consultation du Sport (2026), 94% des responsables de clubs sportifs amateurs interrogés se sentent vulnérables aux chocs énergétiques et climatiques (parmi lesquels les fortes chaleurs ou canicules, les tempêtes ou phénomènes extrêmes, les fortes précipitations et inondations et la sécheresse ou la baisse du niveau d’eau).
Cette vulnérabilité aux chocs climatiques ne s’accompagne toutefois pas forcément d’une conscience de l'ensemble des futurs impacts du changement climatique : selon l’étude de l’UDES sur Les impacts de la transition écologique sur les métiers et compétences de la branche du sport au sein de l’économie sociale et solidaire (2025), 38% des structures interrogées ne se sentent pas concernées par les effets du changement climatique. Cette disparité dans les réponses s’explique sans doute par le type de risques climatiques identifiés, les évènements extrêmes étant plus facilement identifiables que les impacts de long terme du changement climatique ayant pour conséquence la transformation de tout un écosystème.
Les structures sont tout de même de plus en plus nombreuses à prendre conscience de leur vulnérabilité au changement climatique et à s'engager pour réduire l'impact de leurs activités !
Cet engagement croissant des structures découle également de la conjoncture alignant certaines considérations écologiques avec des considérations économiques, enjeu crucial pour les structures : la hausse du prix des carburants, des équipements ou de l’énergie, conséquences possibles d’un contexte climatique complexe, impactent directement la mobilité, et donc l’accès aux entrainements et aux compétitions ou la capacité de fonctionnement des infrastructures. Selon La Grande Consultation du Sport,
Dans un tel contexte, seuls 22% des répondants maintiendraient leur pratique sportive inchangée.
Cinq thématiques d'actions sont identifiées et illustrent l'impact que peuvent avoir les structures sportives au quotidien : l'alimentation, la mobilité, l'énergie, le matériel / les équipements et la réduction des déchets.
Ces préoccupations rejoignent les conclusions du rapport Décarbonons le sport, de The Shift Project (2025), concernant les principaux postes d'émissions carbone identifiés au niveau amateur :
Ces leviers sont également ceux sur lesquels les structures sportives sont les plus à même d'agir, et de nombreuses initiatives ont lieu dans tout type de structures :
- sur le sujet de l'alimentation : des structures s'approvisionnent auprès de producteurs ou traiteurs locaux, proposent des options végétariennes et s'organisent afin de lutter contre le gaspillage alimentaire.
- sur le sujet de la mobilité : certains structures installent des espaces de stationnement dédiés aux vélos et aux trottinettes, s'appuient sur des solutions de covoiturage à proposer à leurs pratiquants ou aux participants de leurs compétitions et promeuvent les solutions de mobilité douce.
- sur le sujet de l'énergie (et de l'eau) :
- Les activités sportives concernées par la gestion de l'eau impliquent une gestion raisonnée de la consommation d'eau des structures sportives (avec potentiellement la mise en place d'une récupération des eaux de pluie).
- Concernant l'énergie, de nombreuses structures adaptent, dans la mesure du possible, l'éclairage de leur équipement ainsi que l'usage du chauffage et de la climatisation.
- sur le sujet du matériel : de nombreuses structures organisent des collectes de matériel usagé, en vue de le recycler ou bien de le réutiliser (seconde main), privilégient des équipementiers utilisant du matériau recyclé, ou collaborent avec des associations de récupération afin d'assurer la circularité du matériel.
- sur le sujet de la réduction des déchets : les structures peuvent à la fois réfléchir à leur fonctionnement en vue de réduire les déchets produits (utilisation d'ecocup, organisation de goûters ou de buvettes sans déchets) et devenir des points de collecte de matériel à revaloriser (notamment concernant du matériel sportif technique, comme les voiles de bateaux, les balles de tennis, les volants de badminton, ...).
Ces actions sont menées grâce à la mobilisation de bénévoles et / ou de salarié.e.s au sein de la structure et de sa gouvernance, qui agissent afin de mettre en place des actions correspondant aux capacités et possibilités de la structure.
Cette mobilisation est indispensable car, au-delà de limiter l'impact négatif des activités, les structures sportives peuvent être des relais de sensibilisation et de mobilisation, à la fois auprès des pratiquant.e.s encadré.e.s au quotidien et auprès des structures qu'ils côtoient.
A titre d'exemple, la transformation de l'évènementiel sportif et la modification de certaines pratiques traditionnelles sont acceptées aujourd'hui suite à la mobilisation de structures pionnières : la réduction des goodies par l'Ecotrail de Paris, la non-utilisation de bouteilles ou de gobelets en plastique par le Marathon de Paris ou encore les mesures de réduction de l'impact carbone des participants de l'UTMB sont des mesures vertueuses, qui contribuent à réduire l'impact de ces évènements, tout en permettant la sensibilisation, voire la modification des comportements, des participants.
La plateforme de l’Institut du Sport Durable, accessible à partir d'une inscription gratuite, vous permet de retrouver des témoignages de structures engagées et des inspirations d'actions mises en œuvre par d'autres structures !
L'implication des institutions pour une adaptation de la pratique sportive
La mobilisation et l’exemplarité des structures sportives sont nécessaires et ont indéniablement un impact positif, mais les structures sportives seules ne peuvent pas transformer et garantir l’adaptation des pratiques sportives aux évolutions climatiques actuelles et à venir. Pour cela, les institutions ont leur rôle à jouer pour renforcer la capacité de l’écosystème sportif à s'adapter face aux nouvelles contraintes climatiques, en complément des actions de réduction des impacts.
En premier lieu, les institutions publiques, à travers notamment les collectivités territoriales et l’action publique, sont importantes pour compléter les démarches portées par les structures sportives. La rénovation des équipements est essentielle et freine aujourd'hui leur transition écologique, car les structures sportives ne sont que très rarement propriétaires de leur équipement, et dépendent donc de la capacité d'action des collectivités territoriales pour la rénovation ou la transformation des espaces de pratique.
L'action publique constitue une échelle d'action supplémentaire pour permettre la mise en action des structures sportives : l'existence ou non de transports en commun ou de solutions de mobilité douce, la gestion des infrastructures et l'accessibilité à une énergie décarbonée sont indispensables pour permettre la réduction de l'impact écologique des structures sportives, qui n'ont pas les compétences ni la capacité à agir sur ces questions.
A l'échelle nationale, le Plan National d'Adaptation au Changement Climatique (PNACC) du ministère des Sports s'inscrit dans cette logique : le ministère des Sports travaille depuis longtemps à l'atténuation des impacts négatifs des structures sportives, mais ce Plan structure les principales mesures devant être mises en place d’ici 2030 pour adapter les pratiques sportives au changement climatique et permettre la résilience des territoires.
En complément de l'action publique, les fédérations et institutions sportives ont une capacité d'action particulièrement importante pour engager l'ensemble de l'écosystème et adapter la pratique des disciplines sportives, en fonction de leurs spécificités. En raison de leur taille et de leur capacité de décision, leurs actions peuvent être particulièrement impactantes concernant :
- La sensibilisation et la mise en action des structures sportives : la création de supports de sensibilisation, ainsi que l'attention portée à la communication générale d'une fédération permettent d'amplifier la capacité de sensibilisation des pratiquant.e.s et de ne pas valoriser des activités ayant un impact écologique négatif important.
- La capacité de transformation d'un écosystème : les fédérations peuvent engager des actions impactantes concernant l'organisation des compétitions, permettant par exemple de réduire les déplacements, et donc l'impact écologique des structures participantes, comme l'a fait par exemple la Fédération Française de Volleyball, avec la réorganisation des poules du Championnat de France pour réduire les déplacements des structures.
- L’amplification des initiatives menées par les structures : les fédérations et leurs organes déconcentrés ont une capacité de mise en réseau et d'accompagnement des structures sportives, permettant de démultiplier et de renforcer la transformation des pratiques de terrain. La Fédération Française de Badminton a ainsi développé le label ECOBaD, permettant la valorisation et l'accompagnement des manifestations responsables en termes de badminton.
Un grand nombre de fédérations sont engagées et créent des outils et des opportunités d'action pour les structures sportives. Ces actions et cette mobilisation s'articulent également avec différents leviers de mise en action, souvent issues d'incitations publiques ou privées : le PNACC du ministère des Sports ou l'engagement de sponsors tels que la MAIF, partenaire qui rehausse les attendus concernant les structures sportives avec lesquelles il travaille, contribuent à la prise de conscience et à la mise en action de l'écosystème.
La mobilisation des institutions sportives, privées ou publiques, est indispensable pour permettre la généralisation et le passage à l'échelle d'initiatives et de connaissances sur le changement climatique dans le monde du sport : l'action centrale des structures de la branche du Sport reste l'organisation de la pratique et des évènements sportifs, et seule la considération générale des questions écologiques dans tous les pans des activités sportives permettra un engagement et une adaptation suffisante des activités sportives.
La récente prise de parole de Victor Wembanyama sur l'impact carbone de ses déplacements en NBA illustre la prise en compte de la question écologique à toutes les échelles de l'écosystème sportif !
Pour découvrir les documents sources de ce travail et aller plus loin :
- Pour découvrir les mobilisations des structures sportives face aux impacts du changements climatique, lire le rapport final de La Grande Consultation du Sport « Climat, Énergie : Préparer le sport à l'épreuve des chocs du XXIe siècle » et assister à une conférence de restitution.
- Pour comprendre comment les structures sportives prennent en compte et s'impliquent dans la transition écologique, lire l'étude de l'UDES sur Les impacts de la transition écologique sur les métiers et les compétences des structures sportives associatives.
- Pour découvrir les initiatives menées et se former à la transition écologique, s'informer sur la plateforme de l'Institut du Sport Durable.